Le miel fait oublier le reste. Pourtant, une ruche donne bien d’autres choses, et l’apiculteur qui jette ses opercules, gratte sa propolis à la poubelle et laisse les vieux cadres pourrir au fond du garage passe à côté d’une petite richesse. Rien d’extraordinaire en volume pour un amateur, mais de quoi fabriquer ses propres feuilles de cire, faire des bougies, offrir un peu de pollen ou préparer une teinture de propolis pour l’hiver.

Voici comment nous récupérons et valorisons, au fil de la saison, ce que la ruche donne en dehors du miel. Avec, pour chaque produit, les gestes qui marchent et les précautions à ne pas oublier.

La cire, le produit qu’on sous-estime

Les abeilles fabriquent la cire grâce à des glandes situées sous leur abdomen. C’est un travail coûteux : il leur faut consommer beaucoup de miel pour produire un peu de cire. Raison de plus pour ne pas la gaspiller. Un apiculteur amateur récupère sa cire de deux sources principales, de qualité très différente.

Les opercules, la cire de première qualité

Lors de l’extraction, on retire la pellicule de cire qui ferme les alvéoles. Ces opercules sont une cire jeune, claire, peu chargée d’impuretés. C’est la meilleure cire qu’on puisse obtenir. On les laisse d’abord s’égoutter longuement dans le bac à désoperculer, puis on les rince à l’eau froide pour retirer le miel restant. L’eau de rinçage peut d’ailleurs servir à faire un hydromel, mais c’est une autre histoire. Les étapes de l’extraction elle-même sont décrites dans notre guide de la récolte du miel, de la hausse au pot.

Les vieux cadres de corps

Les cadres de corps doivent être renouvelés régulièrement, idéalement deux ou trois par an et par ruche. Les vieilles cires, noircies par les générations successives de couvain, accumulent des résidus, des cocons et parfois des traces de traitements. Leur rendement en cire est faible et la cire obtenue plus foncée. On la réserve à des usages non alimentaires, ou on l’échange auprès d’un cirier.

Le renouvellement des cires fait partie de la conduite sanitaire du rucher. Des cadres trop vieux favorisent le maintien de spores et de pathogènes. Face à un doute sérieux, notamment un couvain suspect, ne fondez rien et consultez d’abord notre article sur les loques américaine et européenne : certains cadres doivent être détruits, pas recyclés.

Pelotes de pollen d'abeille récoltées sur fond clair

Fondre et purifier sa cire

Trois méthodes existent pour un amateur, du plus simple au plus efficace. Chacune a ses adeptes.

Méthode Principe Avantages Limites
Cérificateur solaire Caisson vitré qui fond la cire au soleil Gratuit à l’usage, cire propre, aucune surveillance Lent, dépend de la météo, peu efficace sur les vieux cadres
Bain-marie ou casserole d’eau On fait fondre la cire dans l’eau et on filtre Peu de matériel, adapté aux petites quantités Salissant, surveillance permanente
Cérificateur à vapeur La vapeur fait fondre la cire des cadres entiers Rapide, traite les vieux cadres, désinfecte le bois Investissement, encombrement

Le cérificateur solaire est notre préféré pour les opercules. Posé plein sud dans le jardin de juillet à septembre, il fonctionne tout seul, même sous le ciel parfois capricieux des Combrailles. La cire coule dans un bac, filtrée par une grille ou un tissu, et on récupère un pain propre sans rien faire. Pour les vieux cadres, la vapeur est bien plus efficace.

Purifier et mouler

Quelle que soit la méthode, la cire obtenue contient encore des impuretés, qui se déposent au fond du pain une fois refroidi. On gratte cette couche sombre au couteau. Pour une cire vraiment propre, on la refait fondre au bain-marie, jamais à feu direct, et on la filtre à travers un bas nylon ou un tissu fin, avant de la couler dans un moule légèrement huilé ou mouillé.

Attention La cire est inflammable. On ne la fait jamais fondre directement sur une flamme ou une plaque, on ne la laisse jamais sans surveillance, et on ne verse jamais d’eau sur de la cire en feu. Un couvercle et un extincteur à portée de main, ce n’est pas de la paranoïa.

Que faire de sa cire ?

La plupart des apiculteurs amateurs échangent leur cire brute contre des feuilles de cire gaufrée auprès d’un cirier. C’est la solution la plus simple pour boucler la boucle : votre cire retourne dans vos ruches. Certains ciriers proposent un gaufrage à façon, qui vous rend votre propre cire, ce qui limite le risque d’introduire des résidus extérieurs. Renseignez-vous sur les conditions, qui varient d’un professionnel à l’autre.

Le reste peut servir à fabriquer des bougies, un baume pour le bois ou le cuir, des emballages alimentaires enduits de cire, ou simplement à cirer les glissières des tiroirs. Chez nous, les petits pains de cire des opercules font aussi de très beaux cadeaux de fin d’année.

La propolis, colle et rempart de la colonie

La propolis est une substance résineuse que les abeilles récoltent sur les bourgeons et l’écorce de certains arbres (peupliers, bouleaux, résineux), puis qu’elles mélangent à de la cire. Elles s’en servent pour colmater les fentes, réduire les entrées, lisser l’intérieur de la ruche et même embaumer un intrus trop gros pour être évacué. Une souris morte dans une ruche peut ainsi finir momifiée sous une couche de propolis.

La quantité produite varie beaucoup selon les colonies et les races d’abeilles. Certaines lignées sont très propolisantes, d’autres presque pas. L’abeille noire locale a d’ailleurs la réputation d’être plutôt généreuse en propolis, ce que confirment la plupart des ruchers que nous connaissons en Combrailles.

Récolter la propolis

La méthode la plus simple consiste à gratter les cadres et les parois à chaque visite, avec le lève-cadre, et à récupérer les copeaux dans une boîte. On obtient ainsi une propolis mélangée à de la cire et à des débris, correcte pour un usage personnel.

Pour une propolis plus propre, on utilise une grille à propolis. C’est une grille en plastique souple, percée de fentes fines, qu’on pose à la place du couvre-cadre ou sous le toit. Les abeilles s’empressent de boucher les ouvertures. Au bout de quelques semaines, en fin d’été, on retire la grille, on la passe au congélateur, et la propolis devenue cassante se détache en la tordant. On évite de poser les grilles pendant la miellée principale, pour ne pas perturber le travail de la colonie.

Conserver et utiliser

La propolis brute se conserve longtemps dans un bocal fermé, au frais et à l’abri de la lumière. L’usage le plus courant consiste à la faire macérer dans de l’alcool alimentaire pour obtenir une teinture, qu’on filtre ensuite. Les proportions et les durées varient selon les recettes ; commencez modestement et notez ce que vous faites.

Un mot de prudence : la propolis peut provoquer des réactions cutanées chez certaines personnes, apiculteurs compris. Et si l’envie vous prend de vendre de la propolis ou une teinture, sachez que ces produits relèvent de réglementations spécifiques, notamment pour les compléments alimentaires, et que toute promesse de bienfait pour la santé est strictement encadrée. Ne vous lancez pas sans vous être renseigné. Pour le miel, les règles sont plus simples, et nous les avons rassemblées dans notre article sur la vente et l’étiquetage du miel.

Le pollen, un produit fragile

Les butineuses rapportent le pollen à la ruche sous forme de pelotes colorées, accrochées à leurs pattes arrière. Jaune vif du colza, orange du pissenlit, gris-bleu de la phacélie, rouge du marronnier, la palette est superbe. C’est la principale source de protéines de la colonie, indispensable à l’élevage du couvain.

La trappe à pollen

Pour récolter du pollen, on installe à l’entrée de la ruche une trappe à pollen. C’est une grille dont les trous obligent les abeilles à se faufiler, ce qui fait tomber une partie des pelotes dans un tiroir. On ne la laisse pas en place en permanence : une colonie privée de pollen trop longtemps réduit sa ponte et s’affaiblit. Quelques jours par semaine, sur des colonies fortes et pendant une période de forte disponibilité, c’est suffisant.

En Limagne, le printemps offre souvent des récoltes de pollen abondantes, avec le colza, les fruitiers et les pissenlits. En altitude, la saison est plus courte et plus tardive, avec des pollens très variés de prairies. Mieux vaut éviter la récolte de pollen en début de printemps, quand la colonie reconstitue ses forces, et en fin de saison, quand elle prépare les abeilles d’hiver.

Sécher ou congeler, sans tarder

Le pollen frais est très fragile. Il contient beaucoup d’eau et moisit en quelques heures s’il reste dans le tiroir par temps humide. On vide donc la trappe chaque jour, au plus tard tous les deux jours. Ensuite, deux options :

  • le congeler rapidement, en petites portions, ce qui préserve au mieux ses qualités ;
  • le sécher à basse température, dans un déshydrateur ou une étuve réglée autour de 40 °C maximum, jusqu’à ce que les pelotes soient dures et ne collent plus.

Avant congélation ou séchage, on retire à la main ou avec un tamis les débris, les ailes et les insectes égarés. Le pollen séché se conserve en bocal hermétique, au frais et au sec, plusieurs mois. Il perd progressivement ses qualités, donc inutile d’en stocker des kilos pour les années à venir.

Un tiroir à pollen oublié trois jours sous la pluie en juin, c’est une odeur qu’on ne recommence pas deux fois.

Le pain d’abeille, curiosité de fin de saison

Dans la ruche, le pollen n’est pas stocké tel quel. Les abeilles le tassent dans les alvéoles, l’humectent de miel et de sécrétions, puis le recouvrent parfois d’une fine couche de miel. Il y subit une fermentation lente qui le rend plus digeste pour la colonie. C’est ce qu’on appelle le pain d’abeille, ou pollen fermenté.

On peut le récolter en découpant des morceaux de rayons riches en pollen, souvent sur des cadres de rive qu’on retire lors du renouvellement des cires, puis en séparant la cire des grains. C’est long, minutieux, et le rendement est faible. Pour un amateur, c’est surtout une curiosité à goûter une fois : un goût acidulé, légèrement fruité, assez surprenant. Ne prélevez jamais de pain d’abeille sur une colonie qui en manque à l’approche de l’hiver, elle en aura besoin pour relancer le couvain en février.

Gelée royale et venin, pour les plus aventureux

Restent deux produits dont la récolte demande un savoir-faire spécifique. La gelée royale se produit en élevant des reines et en prélevant la gelée dans les cellules royales au bon stade, avec une grande précision. Elle suppose de maîtriser le picking, le greffage des larves et le calendrier de l’élevage de reines, au jour près. Pour un amateur, c’est surtout un exercice passionnant, pas une source de revenus.

Le venin, lui, se récolte avec des dispositifs électriques spécialisés, et son usage relève clairement de professionnels. On le mentionne pour mémoire.

Organiser sa saison pour ne rien perdre

Valoriser tous les produits de la ruche, c’est surtout une question d’organisation. Nous gardons toute l’année une boîte pour les grattages de propolis dans la caisse de visite, un seau fermé pour les opercules et les chutes de cire, et un carton pour les vieux cadres à fondre. En fin de saison, tout passe au cérificateur ou au congélateur selon sa nature.

Et si vous ne savez pas quoi faire d’un produit, demandez autour de vous. Le rucher-école voisin, l’apiculteur du marché, l’ancien qui a toujours un cérificateur dans son garage : il y a presque toujours quelqu’un qui cherche de la cire pour ses bougies ou qui peut vous prêter son matériel. C’est souvent ainsi que commencent les meilleures amitiés apicoles.