On a traité en août, compté les chutes, vu tomber des centaines de varroas sur les langes, et on se croit tranquille pour l’hiver. Puis on ouvre au printemps une colonie qui démarre mal, avec quelques abeilles aux ailes froissées, et l’on se demande ce qui a raté. Bien souvent, rien n’a raté. Le traitement d’été a fait son travail, mais il est resté des acariens, et d’autres sont arrivés en automne. Ils ont eu tout le temps de s’installer.

Le traitement d’hiver hors couvain sert précisément à repartir au printemps avec une population de varroas aussi basse que possible. Il ne remplace pas le traitement de fin d’été, il le complète. Et il repose sur une idée simple : profiter du seul moment de l’année où l’acarien n’a plus aucun endroit où se cacher.

Pourquoi l’hiver est le moment idéal

Pour comprendre l’intérêt de cette intervention, il faut revenir à la biologie du varroa. L’acarien passe une partie de sa vie sur les abeilles adultes, accroché entre les segments de l’abdomen, et une autre partie dans les cellules de couvain operculé, où il se reproduit à l’abri. Tant qu’il y a du couvain, une bonne partie de la population de varroas est hors d’atteinte des traitements de contact, protégée par l’opercule de cire.

En hiver, la situation change. Dans la plupart de nos colonies, la reine réduit puis arrête sa ponte quand les jours raccourcissent et que les températures baissent. Quelques semaines plus tard, les dernières abeilles sont nées, et il n’y a plus de couvain du tout. À ce moment-là, tous les varroas se trouvent sur les abeilles. Un traitement efficace sur les acariens portés par les adultes les touche alors presque tous.

Un effet démultiplié au printemps

La population de varroas croît de manière exponentielle pendant la saison. Chaque acarien éliminé en hiver, c’est une descendance qui ne verra pas le jour au printemps et en été. Partir de quelques dizaines de varroas en mars plutôt que de quelques centaines, c’est gagner plusieurs semaines de marge avant d’atteindre le seuil dangereux. C’est aussi, bien souvent, une colonie qui aborde la miellée de printemps en pleine forme.

Les réinfestations d’automne

Il y a une autre raison, moins connue. En automne, des colonies affaiblies par le varroa s’effondrent, dans des ruchers mal suivis ou dans la nature. Leurs acariens sont récupérés par les abeilles qui viennent piller leurs réserves, et rapportés dans des ruches saines. Même un rucher bien traité en août peut ainsi voir sa population d’acariens remonter en octobre et novembre. Le traitement d’hiver remet les compteurs à zéro après ces réinfestations.

Apiculteur en combinaison pulvérisant un cadre de ruche au rucher

Quelle molécule, et sous quelle forme ?

En pratique, le traitement d’hiver hors couvain repose presque toujours sur l’acide oxalique. C’est une molécule efficace sur les varroas portés par les abeilles, qui ne pénètre pas dans les cellules operculées, d’où l’intérêt de l’utiliser en l’absence de couvain. Aucune résistance du varroa à l’acide oxalique n’est connue à ce jour, ce qui en fait un bon complément aux traitements de fin d’été.

Seuls les médicaments vétérinaires disposant d’une autorisation de mise sur le marché en France peuvent être utilisés. L’acide oxalique acheté en droguerie n’en fait pas partie, même s’il s’agit chimiquement de la même substance. Plusieurs médicaments à base d’acide oxalique ont une AMM, avec des modes d’application différents selon les produits. Notre article sur les traitements varroa autorisés fait le point sur les familles de molécules disponibles. Dans tous les cas, c’est la notice du produit qui fixe la dose, le mode d’emploi et le nombre d’applications permises.

Mode d’application Principe Avantages Points de vigilance
Dégouttement Solution sucrée d’acide oxalique versée entre les cadres, sur les abeilles Matériel simple, rapide, peu coûteux Une seule application par hiver, ouverture de la ruche, dose à respecter strictement
Sublimation Acide chauffé en vapeur diffusée dans la ruche fermée Pas d’ouverture, bien toléré par les abeilles Matériel spécifique, vapeurs dangereuses pour l’apiculteur, équipement de protection obligatoire

Le choix entre les deux dépend du produit dont vous disposez, de votre matériel et du nombre de ruches. Pour quelques colonies, le dégouttement reste la méthode la plus simple. Au-delà, ou pour ceux qui ne veulent pas ouvrir en hiver, la sublimation a ses adeptes, à condition de prendre la sécurité au sérieux.

Quand intervenir dans le Puy-de-Dôme ?

Toute la difficulté est là. Il faut attendre que le couvain ait disparu, mais sans trop tarder, car la reine reprend sa ponte dès que les jours rallongent, parfois dès la fin décembre ou en janvier. La fenêtre peut être courte.

Un calendrier qui dépend de l’altitude

Il n’existe pas de date valable pour tout le département. En altitude, dans le Sancy, l’Artense ou le haut Livradois, le froid arrive tôt et les colonies arrêtent de pondre plus vite ; la fenêtre peut s’ouvrir dès la fin novembre. En Limagne et dans les vallées, où les automnes sont plus doux, certaines colonies continuent à élever un peu de couvain jusqu’en décembre. Un repère souvent cité : environ trois semaines après la première vague de froid franc, quand les gelées se sont installées quelques jours de suite. C’est le temps qu’il faut pour que le dernier couvain operculé soit né.

Vérifier l’absence de couvain

Traiter sur une colonie qui a encore du couvain, c’est perdre une partie de l’efficacité. Plusieurs indices aident à se décider.

  • Les débris sur le lange. Une colonie qui a encore du couvain naissant laisse tomber des fragments d’opercules, qui forment de fines lignes claires sur le lange sous les ruelles occupées. Si ces débris ont disparu depuis une semaine ou deux, le couvain est probablement terminé.
  • La météo des semaines précédentes. Une période de froid continu favorise l’arrêt de ponte ; un automne très doux le retarde.
  • Un contrôle rapide. Par une journée douce et sans vent, on peut soulever un ou deux cadres du centre de la grappe pour vérifier. C’est une ouverture courte, à réserver aux cas où l’on doute vraiment.

Dans un rucher de plusieurs ruches, toutes ne s’arrêtent pas en même temps. Les colonies les plus populeuses ou celles dont la reine est jeune gardent parfois un petit rond de couvain. Si vous ne pouvez pas vérifier chaque ruche, traitez quand la majorité semble hors couvain : l’efficacité sera un peu moindre sur les retardataires, mais toujours bien meilleure qu’en saison.

Et si la ponte ne s’arrête jamais ?

Certains hivers doux, en plaine surtout, des colonies gardent un peu de couvain presque sans interruption. On attend, on vérifie, et la fenêtre ne s’ouvre pas franchement. Dans ce cas, deux attitudes se défendent. La première consiste à traiter quand même au moment où le couvain est au plus bas, en acceptant une efficacité moindre. La seconde, plus technique, consiste à retirer le dernier petit rond de couvain operculé, ou à le désoperculer, juste avant le traitement, pour que tous les varroas se retrouvent sur les abeilles. C’est une intervention à réserver aux apiculteurs à l’aise avec leurs colonies, par une journée vraiment douce, et qui sacrifie quelques dizaines de futures abeilles.

Certains apiculteurs vont plus loin et provoquent volontairement un arrêt de ponte en été, en encageant la reine pendant la durée d’un cycle de couvain, pour traiter ensuite une colonie sans couvain avant l’élevage des abeilles d’hiver. C’est une autre stratégie, avec ses contraintes, qui ne dispense pas de surveiller les chutes à l’automne.

Réussir un dégouttement

Le dégouttement est la méthode la plus répandue chez les apiculteurs amateurs. Elle est simple, mais elle ne pardonne pas les approximations.

  1. Préparer la solution exactement selon la notice du médicament, avec le sucre et l’eau indiqués, et la tiédir, sans jamais la chauffer fort. Une solution froide choque la grappe.
  2. Choisir le moment. Une journée calme, sans pluie ni vent, pas en plein gel. La grappe doit être bien formée, pour que la solution se répartisse sur les abeilles.
  3. Ouvrir rapidement le toit et le couvre-cadre, sans enfumer fort, et repérer les ruelles occupées par les abeilles.
  4. Verser la dose prévue par la notice dans chaque ruelle occupée, directement sur les abeilles, à l’aide d’une seringue graduée ou d’un doseur. La dose se calcule en fonction du nombre de ruelles occupées, pas de la taille de la ruche.
  5. Refermer aussitôt et noter l’intervention.

Une seule application par hiver : l’acide oxalique en dégouttement est irritant pour les abeilles, et le répéter affaiblirait la colonie. C’est aussi pour cela qu’il ne s’utilise que sur des colonies sans couvain, car il est toxique pour le couvain ouvert.

La sublimation sans s’intoxiquer

La sublimation consiste à chauffer des cristaux d’acide oxalique dans un appareil spécial glissé par l’entrée de la ruche ou sous le plateau. L’acide passe à l’état de vapeur, se dépose sur les abeilles et les parois, et agit sur les varroas. La ruche reste fermée pendant et après l’opération, ce qui évite de refroidir la grappe.

Seuls les médicaments dont l’AMM prévoit explicitement la sublimation peuvent être utilisés de cette façon. Le nombre d’applications autorisé dépend du produit.

Attention Les vapeurs d’acide oxalique sont dangereuses pour les voies respiratoires et les yeux. Un simple masque anti-poussière ne protège pas. Il faut un masque à cartouche adapté aux vapeurs acides, des lunettes étanches et des gants, et se placer dos au vent. Fermez bien toutes les ouvertures de la ruche pendant l’opération, et ne restez jamais sous le nuage qui s’échappe par une fissure.

Après le traitement : compter et consigner

Un traitement d’hiver ne sert pas qu’à tuer des varroas. C’est aussi une formidable occasion de mesurer l’infestation résiduelle de chaque colonie. Glissez un lange graissé ou huilé sous chaque ruche au moment du traitement, et comptez les acariens tombés dans les jours qui suivent.

Une chute de quelques dizaines de varroas indique une colonie propre. Plusieurs centaines signalent une infestation qui aurait pu poser problème au printemps, et qui justifie de surveiller cette colonie de près dès la reprise. Au-delà, la question se pose de savoir si le traitement d’été a été efficace, ou si le rucher a subi une forte réinfestation. Dans tous les cas, ces chiffres sont précieux pour ajuster la stratégie de l’année suivante.

Le traitement doit être inscrit dans le registre d’élevage : date, produit, numéro de lot, nombre de colonies traitées, ordonnance le cas échéant. Selon le médicament, une prescription vétérinaire peut être nécessaire. Votre vétérinaire ou votre groupement sanitaire vous dira comment vous le procurer dans les règles.

Ce passage au rucher est aussi le moment de repérer les ruches mortes ou très affaiblies. Une colonie disparue en novembre mérite qu’on cherche la cause, avec l’aide de notre méthode pour diagnostiquer des abeilles mortes. Ses cadres, une fois rapatriés, devront être protégés de la fausse teigne jusqu’au printemps.

Trois questions qu’on nous pose souvent

Faut-il traiter une colonie faible ?

Oui, en adaptant la dose au nombre de ruelles occupées, comme le prévoit la notice. Une petite colonie infestée a encore moins de chances de passer l’hiver qu’une grosse. En revanche, une colonie réduite à une poignée d’abeilles en novembre ne sera probablement pas sauvée par le traitement : mieux vaut s’interroger sur la cause de sa faiblesse.

Et si je n’ai pas traité en été ?

Le traitement d’hiver ne rattrape pas un traitement d’été oublié. Les abeilles d’hiver ont été élevées en présence de nombreux varroas et de leurs virus, et elles sont déjà affaiblies. On traite quand même, mais on s’attend à des pertes, et l’on revoit le calendrier pour l’année suivante.

Peut-on traiter par temps de gel ?

Mieux vaut éviter. Par grand froid, ouvrir la ruche refroidit la grappe, et la solution se répartit mal. Attendez une journée plus douce, même si elle arrive une semaine plus tard. Si la fenêtre sans couvain se referme avant, la sublimation, qui se fait ruche fermée, peut être une option. Mais au rucher, comme souvent, la patience paie plus que la précipitation.